Choisir la langue :

Appel à articles ouvert jusqu'au 15/03/2019

« Nouvelle gestion publique », gestion de la pénurie ?

Ouvert jusqu'au 15/03/19

Ce dossier entend réunir des contributions qui viendraient approfondir les connaissances sur la « nouvelle gestion publique » en se saisissant de l’organisation du travail dans les services publics sous un angle original : celui de son économie. Dans une perspective wébérienne, il s’agirait alors de prendre l’Etat pour ce qu’il constitue en partie à savoir une organisation bureaucratique d’allocation de ressources rares. Attentive à la construction historique, sociale et politique de ces modalités d’allocation, les contributions ainsi réunies pourraient proposer une analyse de la façon dont sont élaborés les calculs économiques au sein de l’Etat et de ses différentes incarnations institutionnelles (haute administration, administrations et services publiques, établissements publics, agences, associations délégataires de services publics, caisses paritaires, etc.), en mettant l’accent sur le travail – au sens classique de production de valeur – qu’ils supposent. Deux axes seraient alors privilégiés.

Il s’agirait de questionner d’une part la façon dont les définitions économiques – ce qui est utile, ce qu’il faut produire pour les usagers – influencent l’organisation du travail, le recrutement et la formation de la main d’œuvre. Il s’agirait dans cette perspective de proposer des études approfondies des politiques de main d’œuvre dans les administrations, les agences ou les services publics en général. Nous entendons par là les stratégies de recrutement, de formation et de promotion des agents publics, ainsi que la régulation de leurs statuts d’emploi qui participent à orienter ou réorienter les qualifications des agents. Plusieurs questions peuvent alors se poser au vu de la littérature : quels sont les rapports de force qui se nouent entre différents groupes de cadres pour constituer la main d’œuvre (y compris l’encadrement) ? Voit-on s’opposer des directions métiers et des directions financières ? Voit-on émerger des acteurs hybrides qui, issus du métier, utilisent les enjeux financiers ou budgétaires pour emprunter une trajectoire ou opérer des bifurcations biographiques ? Sur quels savoirs s’appuient-ils pour cadrer l’activité de leurs homologues hiérarchiques ou des agents subordonnés ? Quelles sont les ressources dont dispose chaque groupe professionnel pour imposer ou résister à de tels cadrages ? Quels sont les dispositifs qu’ils mobilisent pour ce faire ? L’enjeu, à notre sens, est de mettre en avant les transformations que supposent ces évolutions de la composition et de la hiérarchisation de la main d’œuvre sur le produit attendu de l’action publique.

Il s’agirait d’autre part de s’interroger sur la façon dont la valeur créée par les agents fait l’objet de débats, de décisions, d’équipements techniques et gestionnaires. Le second axe aurait ainsi pour but, dans la lignée des travaux sur la faillibilité de l’Etat, d’analyser les stratégies de réorganisation qui sont élaborées en réponse à la délégation de la contrainte budgétaire. On pourrait faire l’hypothèse que dans un cadre budgétaire et politique contraint, le but n’est ni l’excellence, ni même une quelconque rentabilité mais bien souvent la réduction du périmètre de l’activité. Il y aurait donc bien gestion mais gestion de la pénurie. En cela, la nouvelle gestion publique travaillerait par différents équipements de rationalisation de l’activité et des coûts, mais aussi de dispositifs de gestion du personnel, à contenir l’expansion de l’action publique. Là encore, de nombreuses questions se posent qui interrogent l’étendue des services rendus. Quelles sont les modalités de tarification de l’activité ? Quelles sont les modalités de sélection des opérateurs externes ou associatifs de l’action de l’Etat ? Quel service est attendu de ces opérateurs ?

Pouvant mobiliser différents cadres d’analyse empruntés à la sociologie, l’économie, l’histoire, la science politique ou bien encore la gestion, les contributions attendues auraient ainsi l’intérêt de regarder la façon dont les agents travaillent et se divisent les tâches comme le résultat de l’articulation de choix politiques successifs et de réactions des groupes professionnels. L’enjeu, à notre sens, reste de pouvoir identifier les articulations entre financement (négociation budgétaire) et mesure de la valeur (via des outils de gestion) ou de la productivité (via les qualifications).

Date limite d’envoi des textes : 15 mars 2019

Les articles d’une longueur maximale de 60 000 signes (espaces et notes de bas de page compris) doivent parvenir par voie électronique à : rf-socioeconomie@univ-lille1.fr. Ils doivent impérativement être présentés selon les normes éditoriales de la revue (cf. http://rfse.univ-lille1.fr/ rubrique Consignes aux auteurs).

 

Français