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Appel à articles ouvert jusqu'au 15/05/2016

Troubles dans la protection sociale

Fermé depuis le 15/05/2016

La protection sociale est traversée par des reconfigurations et des tensions qui engendrent un doute sur le sens même de cette notion. Les pratiques de socialisation des ressources et les fonctions re-distributives assignées aux prestations sociales font aujourd’hui l’objet de nombreuses controverses, si bien que leur le périmètre « historique » tend à se déplacer. Les mutations ayant affecté le système de protection sociale ont fait émerger de « nouveaux risques sociaux » qui, tout en pointant ses limites, posent à nouveau la question de ses contours. Les régimes capitalisés, les programmes de workfare ou les politiques d’exonérations, en plein essor, tendent de plus en plus à compléter les mécanismes classiques d’attribution des droits sociaux, voire à s’y substituer. Ces nouveaux dispositifs font peser un doute sur le sens même de la conceptualisation théorique de la protection sociale mais également sur ses modes de quantification statistique. Est-il possible aujourd’hui de dégager une définition synthétique de la protection sociale ? Quelles sont les nouvelles pratiques de financement, de gestion, de comptabilisation ou d’évaluation qui interrogent le sens et le rôle attribué à ces institutions ? Quels sont les conflits de valorisation du travail ou des statuts qui président aux métamorphoses de la protection sociale ?

Les débats sur la définition et les limites de la protection sociale s’articulent notamment aux reconfigurations provoquées par les nouveaux types de conditionnement des droits. Ces derniers présentent des objectifs variés mais la mise sous condition vise le plus souvent la transformation des comportements ou la formation de « capital humain ». Ces politiques dites « d’activation » sont devenues le noyau dur des politiques d’assistance, de retraite et de chômage en Europe ou aux États-Unis. Elles sont aussi au centre des doctrines des institutions telles que la Banque mondiale et l’OCDE. Est-il possible de mener une évaluation à l’aune des résultats « anticipés » et des effets non anticipés de ces politiques ? Comment l’imbrication nouvelle des politiques sociales et des politiques de l’emploi restructure-t-elle les modalités de distribution des prestations sociales ? L’emprise renforcée des contreparties éthiques, comportementales ou laborieuses aux dépenses publiques est souvent analysée comme changement de règles dans l’affectation des prestations sociales. Cependant, elle se développe également au travers de contrats hybrides entre le salariat, l’assistanat, le bénévolat. Les contributeurs sont invités à proposer des analyses portant sur les enjeux de l’élaboration des « contrats d’activité » pour répondre aux objectifs d’occupation ou de professionnalisation des publics des politiques sociales.

Les « nouveaux risques sociaux » seront aussi l’objet de ce numéro. Peut-on / faut-il établir une définition substantielle de ces derniers? En quoi leur prise en charge diffère-t-elle des « risques classiques » de la protection sociale ? Les mutations de la protection sociale pourront aussi être étudiées sous l’angle de leurs liens avec les reconfigurations des territoires politiques. Les « nouveaux risques sociaux » ont la particularité de toucher des acteurs peu représentés dans les instances classiques de gestion de la protection sociale (personnes âgées dépendantes, femmes seules). Quels sont les rapports de force qui émergent à travers les débats sur ces thématiques ?

Il s’agira aussi de dégager les schèmes de justification, dans l’ordre de la justice et dans l’ordre de l’efficacité, qui légitiment aujourd’hui les différentes façons de faire de la protection sociale. Le partage des tâches strict entre la protection sociale et le marché du travail ne semble plus capable d’appréhender les sens des réformes contemporaines. L’hégémonie acquise progressivement par les politiques de l’emploi sur les politiques sociales redéfinit les institutions de valorisation des statuts de la société salariale.

Conformément à l’esprit de la revue, nous invitons l’ensemble des économistes, sociologues, politistes, historiens qui s’intéressent à la question à proposer une contribution à ce numéro.

Date limite d’envoi des articles : 15 mai 2016

Les articles d’une longueur maximale de 60 000 signes espaces comprises, doivent parvenir par voie électronique à l’adresse électronique suivante : rf-socioeconomie[at]univ-lille1.fr. Ils doivent impérativement être présentés selon les normes formelles de la revue (Cf. la rubrique Consignes aux auteurs).

 

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