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Appel à articles : L’emploi à l’épreuve de ses marges

Appel à articles pour la Revue française de socio-économie :
L’emploi face à ses marges


L’emploi serait-il rattrapé par ses marges ? Fragilisation de la norme de l’« emploi typique », multiplication des statuts d’activité, développement de « zones grises » entre travail dépendant et indépendant, l’emploi semble quitter les catégories juridiques commodes qui permettaient de le saisir, de le mesurer, de l’analyser. Simultanément, les populations concernées par l’emploi ne cessent de s’étendre, l’emploi surgissant à la frontière de la vie sociale (par exemple, étudiants / retraités et travailleurs) via une hybridation des statuts sociaux autant que professionnels. Les marges seraient-elles rattrapées par l’emploi ? Ces questions apparemment anodines soulèvent en réalité une multitude d’interrogations sur les frontières susceptibles de délimiter les centres par rapport auxquels les marges se définissent. Elles montrent qu’il est illusoire de s’en tenir à une approche univoque des marges tant le « dedans » et le « dehors », le « centre » et la « périphérie » ne font que se déplacer selon les points de vue adoptés. Les marges gagnent donc à être étudiées à partir de leur caractère contingent mais aussi fluctuant, tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’emploi, entendu ici comme une activité procurant un revenu, monétaire ou non, et un statut socio-professionnel.

Dès lors, plusieurs séries de questions se posent. Dans les pays du Nord, l’effritement de la condition salariale conduit à s’interroger sur les déterminants qui président à ce déplacement des marges de l’emploi et sur ses effets. On sait que ce renforcement du poids des statuts atypiques se traduit par la prégnance des statuts précaires dans les flux d’accès à l’emploi mais on peut aussi se demander comment cet éclatement des catégories juridiques qui enserrent l’emploi se répercute sur la continuité de l’activité selon les groupes sociaux. Dans les pays du Sud lato sensu, c’est-à-dire incluant certains pays post-soviétiques, on sait que la situation se présente différemment. Souvent, l’auto-emploi et le travail familial prédominent et la généralisation de l’emploi salarié — prétendu « protégé » — s’avère illusoire ; l’enjeu consiste à réduire les incertitudes propres au travail précaire et à le soumettre davantage, et ne serait-ce que formellement, aux normes qui se veulent désormais universelles.

Comment ces déplacements des marges et des centres se répercutent-ils sur les stocks, les flux et les configurations d’emploi ? Cet appel à article pourrait être l’occasion de faire le point sur les effets de l’insécurité juridique sur la stabilité professionnelle (dans l’emploi, le métier, etc. ?), tout en élargissant l’analyse aux modes de structuration des parcours professionnels et de régulations des systèmes d’emploi. De la même façon, on se demandera ce que ces transformations des rapports entre marges et centres de l’emploi produisent comme effets sur l’institution salariale. L’effritement de cette dernière est-il le signe de sa déstabilisation ou au contraire de sa recomposition ? Les articles gagneront à explorer les transformations du salariat qui se dessinent dans les régulations du travail indépendant, mais aussi dans les usages sociaux de l’emploi précaire et plus généralement dans la montée en puissance de relations d’emploi inscrites dans des formes plus marchandes.

Par ailleurs, au-delà de leur dimension juridique, les marges s’observent également d’un point de vue statistique. Si elles ont longtemps été saisies sous l’angle de l’emploi formel/ informel, et si de nouvelles catégories telles que le « travail vulnérable » et le « travail décent » ont fait leur apparition, quel retour peut-on opérer sur ces distinctions pour clarifier les réalités qu’elles servent à désigner ? Cette bi-catégorisation n’a-t-elle pas contribué à euphémiser la montée en puissance de nouvelles formes de vulnérabilité ? Les articles gagneront à s’interroger sur la pluralité des marginalités associées à l’emploi en questionnant la forme prise par les revenus qu’il génère. Ainsi, des activités échappant à toute saisie institutionnelle aux nouvelles formes de vulnérabilité associées aux emplois dépourvus de protection, en passant par le sous-emploi et la paupérisation du travail, ce numéro visera à explorer les réalités socio-économiques de ces marges dans les pays du Nord et/ou du Sud.

Enfin, les marges s’observent également au cœur des réalités institutionnelles. Elles peuvent surgir des centres institués, sous la forme de détournements de normes ou de dispositifs contribuant à la porosité des frontières entre chômage et activité, travail et hors-travail. « Workfare », « Learnfare », « Food for Work », … illustrent comment des programmes de prise en charge des demandeurs d’emploi peuvent se transformer en dispositifs de mise au travail ou en injonctions à la formation. Il en va de même pour les nouvelles injonctions à la poursuite de la vie professionnelle pour les travailleurs âgés, notamment par le biais du « vieillissement actif ». Les contributions qui s’inscriront dans ces perspectives d’analyse sous l’angle de la comparaison internationale, notamment entre les pays du Nord et du Sud, ou de la description des réalités transnationales de l’emploi, seront bienvenues, de même que les analyses qui prendront comme base empirique des problématiques sociologiques plus transversales, en particulier en termes de rapport générationnel à l’emploi ou de rapports de genre.

Date limite d’envoi des articles : 30 avril 2015

Les articles d’une longueur maximale de 60 000 signes espaces comprises, doivent parvenir par voie électronique à l’adresse électronique suivante : rf-socioeconomie[at]univ-lille1.fr. Ils doivent impérativement être présentés selon les normes formelles de la revue. Celles-ci peuvent être téléchargées sur le site de la Revue française de socio-économie : http://www.rfse.univ-lille1.fr

Les consignes aux auteurs.

Secrétaire de rédaction de la RFSE,
Guillaume Yvan,
bureau 205 bâtiment SH2 CLERSE
(USTL Lille1, 59 655 Villeneuve d’Ascq Cedex)

rf-socioeconomie[at]univ-lille1.fr