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La modernité des paysans

Appel à articles pour la Revue française de socio-économie :
La modernité des paysans


Le système alimentaire mondial connaît une double crise qui, bien que très prévisible, fut peu anticipée par les différents pouvoirs publics. Une crise de disponibilité et d'accessibilité d'abord. Une crise écologique ensuite. La première, fort médiatisée en 2008, a mis en évidence les limites des politiques appliquant les principes ricardiens à l'agriculture et prônant donc la délocalisation des productions d'aliments au gré d'avantages comparatifs réels ou postulés. La seconde, certes moins brutale dans ses manifestations mais tout aussi réelle, révèle, elle, les limites d'un modèle agroindustriel de production, caractérisé en particulier par la recherche d'économies du travail et son remplacement par d'autres facteurs de production, dont l'espace disponible ou demeurant à conquérir (modèle « latifundiaire »), et les intrants de synthèse (modèle « agrochimique »).

Un premier type de réponse à la crise de l'offre de denrées alimentaires consiste à aller plus loin encore dans les logiques agroindustrielles dominantes, comme le montrent ces stratégies de panique conduisant des entreprises et/ou des États à s'accaparer le foncier disponible (on parle alors de land grabbing ). Mais de telles stratégies ne peuvent répondre à l'autre crise, écologique, car elles continuent à s'appuyer sur une chimisation des pratiques agricoles, une artificialisation toujours plus forte des agroécosystèmes, et un rejet, pour cause d'archaïsme, des principes de l'agroécologie – principes d'abord applicables dans des exploitations assez intensives en travail. En outre, cette réponse ne peut que perpétuer les inefficacités économiques du modèle agroindustriel, la viabilité économique d'une grande exploitation « moderne » ne s'observant que sous certaines conditions bien particulières (coût faible du foncier sur les fronts pionniers, soutiens publics, intégration dans des filières pilotées par l'aval). De même, elle ne peut que renforcer les inéquités sociales, la spoliation et la paupérisation – à la campagne et à la ville, via l'exode rural – étant généralement les corollaires de la concentration foncière.

Le point de départ de ce dossier tient en une interrogation : dans quelle mesure et sous quelles conditions les exploitations paysannes peuvent-elles constituer une alternative au modèle dominant, une voie de sortie de cette double crise, alimentaire et écologique ? En d'autres termes, plus de 40 ans après leur « fin » (et le célèbre ouvrage d'Henri Mendras), les paysans ne sont-ils pas plus « modernes » que les autres types de producteurs de denrées ?

Un tel questionnement ouvre la voie à de nombreuses contributions. Elles peuvent s'attacher à cerner les contours de ce que sont les agricultures et les sociétés paysannes aujourd'hui, au Nord comme au Sud, à étudier en quoi elles peuvent être « modernes », c'est-à-dire adaptées aux diverses contraintes de notre temps, et à analyser les évolutions qu'elles ont connues ces dernières décennies.

Elles peuvent aussi évaluer dans quelle mesure une agriculture paysanne porte – et est portée par – une autre conception de la valeur, d'une part en développant une perspective de calcul qui ne serait plus tournée vers la seule minimisation des coûts salariaux, mais qui intégrerait d'autres dimensions de cette valeur : dynamique des territoires, cohésion sociale, préservation des écosystèmes, création d'emplois, intégration dans les filières locales.

Elles peuvent enfin questionner la capacité de ces agricultures à conserver ou reconquérir leur place au sein d'un système alimentaire mondial dominé par les stratégies des firmes multinationales de l'agroalimentaire, de l'agrochimie et des biotechnologies, et évaluer les différentes politiques publiques adoptées au nom de la sécurité alimentaire des peuples, et plus précisément la place que ces politiques accordent aux paysans.

Les propositions d’articles sont à envoyer avant le 1er septembre 2010, selon les strictes consignes éditoriales précisées sur le site de la revue.

Les consignes aux auteurs.

Secrétaire de rédaction de la RFSE,
Guillaume Yvan,
bureau 205 bâtiment SH2 CLERSE
(USTL Lille1, 59 655 Villeneuve d’Ascq Cedex)

rf-socioeconomie[at]univ-lille1.fr