Choisir la langue :

Appels à articles ayant donné lieu à publication

Quantifier au nom de la qualité ?

Paru dans le N°19 de la RFSE

« Quantifier au nom de la qualité » : le dossier vise à explorer cet apparent oxymore, qui témoigne d’une dynamique générale de nos sociétés, où consommateurs, travailleurs et citoyens font valoir une exigence croissante de certification mesurable de la qualité des biens et des services fournis par les acteurs publics et privés, mais aussi de la qualité de leurs espaces de vie. Les salariés ou les citoyens apparaissent ainsi de plus en en plus férus de données, et même parfois initiateurs d’indicateurs, pour s’orienter entre différents espaces professionnels et/ou territoires de vie. Les initiatives de mesure de la qualité de vie, qu’elles soient d’origine privée ou publique, s’emploient toutes à promouvoir la qualité de vie comme un nouvel objet de gestion auprès des managers publics ou privés, et à l’équiper, en conséquence, d’outils, de dispositifs et d’étalons de mesure.

Qualité des produits, qualité du travail, qualité du territoire, qualité des processus, qualité de vie au travail, qualité de vie sur les territoires, qualité sociale des entreprises, qualité de l’environnement, qualité de la recherche, qualité de la régulation : l’exigence croissante de qualité se manifeste d’abord par la multiplication des dispositifs visant à la mesurer et à la garantir, allant des indicateurs aux procédures d’audit, en passant par des classements, des scores, des notations, des benchmarks, des palmarès, etc. Ces entreprises de quantification, menées au nom de la qualité, recouvrent des logiques de contrôle de la performance, de pilotage et d’accountabiliy, mais aussi des efforts pour produire des visions renouvelées de ce qui vaut et de ce qui mérite d’être poursuivi et défendu dans nos vies (bien commun, progrès, soutenabilité, durabilité, etc.).

Que nous apprennent les pratiques de quantification, de mesure et de calcul sur l’éventuelle transformation aujourd’hui de ces « qualités » ? Ces pratiques contribuent-elles à faire émerger des qualités, ou en réduisent-elles le spectre ou la portée ? Plus particulièrement, on pourra se demander dans quelles circonstances, à travers quels dispositifs concrets, l’effort de quantification peut se trouver associé à la définition, au partage, ou à la promotion de nouvelles « qualités », ou bien à des phénomènes de réduction, de contestation ou de dégradation de « qualités ». Nous proposons ainsi aux auteurs d’interroger les significations variées de ces quantifications. Ils pourront, par exemple, faire porter l’attention sur leur genèse (et le rôle des experts « qualité »), sur leurs traits communs (la définition de listes de composantes ou de dimensions), sur leurs usages (circulations, appropriations, détournements, transformations, etc.) et sur leurs effets (performativité, déplacement du débat public, modification de rapports de force, etc.).

Transformations et confrontations des systèmes agricoles et alimentaires

Paru dans le N°18 de la RFSE

Les enjeux croissants de sécurité alimentaire, d’environnement, de changement climatique, de lutte contre les pauvretés ou de (re)localisation des activités économiques remettent l’agriculture et l’alimentation au cœur des débats publics, des stratégies de firmes et des agendas politiques. Les manières de produire, d’échanger et de consommer les biens alimentaires se transforment, sont débattues par les acteurs économiques et politiques et sont réinvesties par des chercheurs de différentes disciplines en sciences sociales.

Le modèle agroindustriel, qui a permis une forte croissance de la production et des productivités agricoles sur la deuxième moitié du XXème siècle, est maintenant très critiqué, mais il poursuit son développement en s’appuyant sur les biotechnologies, les firmes multinationales ou les besoins alimentaires croissants des métropoles. Parallèlement, des modèles agricoles et alimentaires alternatifs s’affirment à partir de formes préexistantes (économie domestique ou artisanale, circuits de proximité, échanges au long cours de produits de qualité…) ou d’initiatives apparues en réaction aux limites du modèle agro-industriel (agriculture biologique, commerce équitable…). La notion de système alimentaire ou agroalimentaire est remise en avant par les chercheurs pour analyser l’évolution des combinaisons d’activités concourant à l’alimentation, ou prendre en compte les modèles auxquels se réfèrent les acteurs pour se coordonner ou se confronter.

Les questions de la qualité des produits alimentaires, de leurs rapports à l’espace géographique ou à la nature, de la considération des personnes ou des animaux, des technologies légitimes… amènent à repenser la place des valeurs et conventions dans les marchés ou systèmes alimentaires. Les transformations en cours interrogent aussi les formes d’innovations techniques, organisationnelles ou institutionnelles propres à chaque système alimentaire ou communes à l’ensemble du secteur. L’analyse des effets des systèmes agroalimentaires sur le développement durable ou des conditions de leur coexistence dans un territoire ou un secteur questionne les politiques et les formes de gouvernance agricole et alimentaire. Ces questions appellent au développement de recherches en économie institutionnelle, en sociologie, en sciences politiques, en histoire ou en géographie et au croisement de leurs différents regards.

Cet appel à articles vise ainsi à mieux saisir et analyser la diversité des processus qui transforment les systèmes agricoles et alimentaires, au Nord et au Sud, en interrogeant i) la manière dont s’y affirment ou s’y confrontent les innovations technologiques, les changements organisationnels ou institutionnels et les nouvelles pratiques et savoirs , et ii) comment leurs acteurs se coordonnent ou s’affrontent dans l’espace économique et politique en se référant à une diversité de modèles alimentaires. Les contributions envisagées s’attacheront à analyser l’émergence de nouvelles formes organisationnelles (circuits-courts, chaines globales, nouvelles formes de gouvernance des filières…), de nouvelles pratiques (agro-écologie, agribusiness...), de nouvelles normes de qualité (sanitaires, environnementales, éthiques…), mais aussi comment ces changements peuvent être analysés en se référant à différents systèmes et modèles alimentaires et à leurs confrontations. Si les travaux empiriques (avec cas d’étude) seront particulièrement valorisés, aucune méthode d’analyse particulière n’est privilégiée (ethnographique, statistique, économétrique etc.). Les approches interdisciplinaires seront appréciées, en particulier celles associant approches économiques, sociologiques et historiques. Les questions que l’analyse des transformations agricoles et alimentaires pose en retour sur les débats théoriques en sciences sociales seront bienvenues.

Les crises de la grande distribution

Paru dans le N°16 de la RFSE

La grande distribution a émergé du besoin d’industrialiser l’écoulement des produits dans le cadre d’une économie fordienne fondée sur l’articulation entre production de masse et consommation de masse. Au cours des années soixante et soixante-dix, les producteurs sont devenus des fournisseurs dépendants de leur référencement par les groupes de distribution pour vendre leurs marchandises. Les clients ont laissé place aux consommateurs dont les goûts, les habitudes et les modes de vie sont modifiés par les orientations du secteur. Cet âge d’or de la grande distribution a pris fin dans les années 1990, près de trois décennies après l'entrée en crise du fordisme industriel. L'arrivée à maturation du secteur avec la constitution d'un nouveau maillage territorial de l'appareil commercial coïncide dans de nombreuses filières avec un basculement du rapport de force économique depuis la production en amont vers un segment de la distribution en aval fortement concentré. Les liens avec les fournisseurs se redéfinissent, les modes de consommation se transforment. Les hypermarchés cèdent leur place à des formats plus modestes, les produits standardisés à des gammes élargies censées s’adapter à un public plus diversifiés et finalement le commerce de masse à un commerce de précision. Parallèlement et de façon apparemment contradictoire, les enseignes de hard discount, leur prix bas et leur offre réduite se développent massivement. Conditionnées à la fois par les modèles productifs industriels et les caractéristiques sociales et culturelles des consommateurs, les formes de développement du secteur les modifient aussi en retour.

Espace de réalisation de la plus-value industrielle en raison de sa position d’intermédiaire entre la production et les consommateurs, acteur majeur des marchés du travail et de la tertiarisation des économies occidentales, secteurs pleinement saisi par la logique de valorisation actionnariale, la grande distribution apparaît comme un secteur fortement encastré dans le monde social et très dépendant de la conjoncture économique et sociale, un miroir grossissant des mutations du capitalisme contemporain.

Ouvert à l’ensemble des disciplines des sciences sociales, cet appel à contribution se propose d'explorer les transformations du secteur en croisant deux types de perspective.

La première entend aborder la grande distribution à travers le prisme de la première grande crise économique du 21ème siècle, c'est-à-dire, d'une part, dans le cadre des mécanismes qui ont nourri la maturation de la crise (notamment la montée en puissance du secteur financier) et, d'autre part, dans les réajustements auxquels les distributeurs ont du procéder en réaction aux chocs financiers et économiques depuis 2007. En un mot, comment les multiples points d’encastrement du secteur dans l’espace économique et social s'inscrivent-ils dans le processus d’entrée en crise du capitalisme ?

La seconde approche entend davantage rendre compte des logiques historiques et sociologiques de mutation endogène de la grande distribution en lien avec l'évolution des modes de consommation. Il s'agit ici d'insister sur les trajectoires longues des dispositifs marchands du grand commerce dans leurs dimensions organisationnelle, sociale mais également technique, tant du point de vue des firmes que des travailleurs du secteur et des consommateurs. Dans quelle mesure les bouleversements contemporains constituent-ils une rupture dans les dispositifs liant production et consommation ?

Les contributions soumises peuvent s'inscrire dans l'une ou l'autre de ces perspectives, ou bien articuler les deux dimensions. Dans tous les cas, une attention particulière sera attachée au fait que ces propositions permettent de mettre en évidence les contradictions qui travaillent le secteur et de pointer les enjeux sociaux économiques mais aussi politiques qui y sont associés.

Les approches socio-économiques de l’économie sociale et solidaire

Paru dans le N°15 de la RFSE

Les analyses de l’économie sociale et solidaire sont contrastées. Les uns critiquent son instrumentation par un État social défaillant, les autres, au contraire, valorisent le caractère démocratique de ses structures. Pour dépasser ces oppositions, nous pensons utile d’aborder l’objet dans la perspective plus large de la recomposition des rapports entre société, économie et démocratie. Cet élargissement de focale envisage l’économie sociale et solidaire dans ses interdépendances avec d’autres entités, ce qui pourrait fournir les bases d’un renouvellement conceptuel partiel, insistant sur la contribution à un dépassement du dualisme marché-État.

Cinq pistes de questionnement seront privilégiées dans ce dossier.

La première est liée à des auteurs de référence, et l’on peut évoquer parmi ceux-ci Polanyi et Ostrom. Karl Polanyi a livré une critique de la société de marché qui est d’une centralité particulière dans la période contemporaine de crise. Cette oeuvre majeure pour une approche socio-économique permet-elle d’éclairer la réalité de l’économie sociale et solidaire aujourd’hui et quels outils propose-t-elle à cet égard ? La même question peut être adressée aux travaux d’Elinor Ostrom prix Nobel d’économie 2009. Au-delà d’un postulat commun selon lequel les formes de coordination les plus efficaces ne se situent ni sur le marché ni dans l’État, on peut se demander dans quelle mesure les travaux de l’école de Bloomington, et ceux d’Ostrom en particulier, renouvellent les approches de l’économie sociale et solidaire, et consolident plus généralement les postures académiques institutionnalistes et pluridisciplinaires. A contrario, on peut aussi s’intéresser à l’opportunité, ou non, d’une distanciation épistémique vis-à-vis de ces travaux.

La seconde porte sur les controverses analytiques vis-à-vis de l’objet. Des débats intellectuels vifs traversent le champ de l’économie sociale et solidaire : quels en sont les fondements économiques et politiques ? Est-il possible de dépasser ces controverses, le faut-il ? Quelles sont les approches théoriques qui apparaissent les plus heuristiques dans la multitude des travaux qui ont été effectués au cours des deux dernières décennies ?

La troisième porte sur les interactions entre l’action publique d’une part, l’économie sociale et solidaire d’autre part. On l’oublie souvent, mais l’économie sociale et solidaire est une composante importante d’une conception extensive de l’action publique, entendue comme action complexe combinant l’action citoyenne, l’action associative et l’action des pouvoirs publics. Observe-t-on des changements institutionnels oeuvrant dans ce sens ? Quels sont les effets d’un tel renouvellement ? Quelles sont les modalités de « publicisation » repérables dans les pratiques ?

La quatrième porte sur les rapports entre l’économie solidaire et le changement social. Une partie de l’économie sociale et solidaire s’est construite dans le mouvement social et dans la société civile. Quels liens peut-on identifier entre ces mouvements sociaux et l’économie sociale et solidaire ? Quelle est la signification de la terminologie d’innovation sociale de plus en plus utilisée ? Dans quelle mesure l’ESS s’articule-telle avec le changement social ? L’économie sociale et solidaire participe-t-elle d’une redéfinition des concepts de mouvement social et de changement social ?

La cinquième porte sur les « nouvelles entrées » de l’analyse de l’économie sociale et solidaire. Dans quelle mesure des déplacements sur la question de la consommation par exemple plutôt que sur la production renouvellent-ils les analyses et s’inscrivent-ils dans une capacité de changement ?

Les articles attendus seront fondés théoriquement. Des contributions exposant des travaux de terrain ciblés seront particulièrement bienvenues s’ils permettent d’éclairer les recompositions et enjeux des débats théoriques. Les contributions portant sur les expériences étrangères, et les contributions internationales sont particulièrement encouragées.

 

 

 

Undefined